Tradition primordiale

Un chant de l’ascension, un hommage à la source de tout

Par Rabbi Mordechai ben Avraham

Dans le calme de la Nouvelle Lune, tandis que le cycle lunaire se réinitialise et que le monde marque une pause, je suis saisi d’une profonde admiration pour le Tisseur de Réalité.

Être juif en cette ère revêt un poids particulier et lumineux – non pas simplement exister, mais vivre, respirer et marcher sur la terre sacrée et accidentée d’Eretz Israël.

Vivre dans le Rova, le quartier juif de la Vieille Ville, c’est se trouver au cœur même de l’histoire et de l’espoir. Alors que je me prépare pour Shabbat, je contemple par ma fenêtre le Mont des Oliviers (Har HaZeitim) baigné par la lumière de l’après-midi. Il est bien plus qu’un simple paysage ; il est le symbole de la rédemption ultime. Nos Sages et Prophètes enseignent que c’est le lieu d’où la Shekhinah (Présence divine) est partie et où elle reviendra.

Selon le prophète Zacharie, c’est sur cette montagne même que le Créateur posera le pied en ce jour, et c’est de ce point de vue privilégié que le Messie est destiné à être révélé au monde. Contempler ses pentes en préparant le repas de Shabbat, c’est se plonger dans l’avenir, une expérience monumentale où chaque légume coupé, chaque table dressée, se déroule à l’ombre du futur Temple.

Être si près du Makom HaMikdash (endroit du Temple), c’est sentir l’air vibrer de sainteté ; c’est comme si les pierres elles-mêmes exhalaient un souffle d’anticipation, attendant la Reine du Shabbat et la Restauration finale.

Célébrer le Shabbat à deux tables distinctes, dans deux lieux chargés d’histoire, c’est établir un lien entre ces prophéties et notre réalité actuelle. Le festin du vendredi soir, une réunion intime de vingt personnes, se tiendra au Rova en compagnie du célèbre écrivain de Jérusalem, Kalman Gavriel Delmoor, unissant ainsi la profondeur spirituelle et la sacralité du repas au sein de ces murs antiques.

Alors que le soleil atteint son zénith, le repas du sabbat se poursuit à quelques pas de là, de l’autre côté du seuil de la Cité de David. Là, à l’endroit même où le royaume a vu le jour, la table s’agrandit avec la présence du chef de renommée mondiale Louie Kemp, qui accueille 40 à 50 convives supplémentaires.

Organiser ces rassemblements pour près de 80 personnes est un travail d’amour et de logistique qui transforme ces lieux en sanctuaires. C’est reconnaître que le caractère sacré de la Terre n’est pas figé ; il est porté entre nos mains, déposé sur nos tables pour tous et ravivé par nos bougies.

Le mécanisme de guérison : Rosh ‘Hodesh et Shabbat

Cette conjonction particulière de Rosh ‘Hodesh (tête du mois c-à-d Nouvelle Lune)) et de Shabbat constitue un puissant vecteur d’énergie guérisseuse. Selon notre tradition, le nouveau mois apporte une « Lumière guérisseuse » unique, un renouveau de vitalité qui répare les blessures de la lune précédente. Lorsque ce renouveau s’unit au reste de Shabbat, il crée un puissant canal de restauration.

Par le partage, en accueillant 80 invités chez nous et en nous offrant une profonde détente du corps et de l’esprit, nous créons le réceptacle nécessaire à cette guérison. Il ne s’agit pas d’un événement passif ; le partage du pain, les rires des convives et la suspension du travail sont autant d’outils qui nous permettent d’attirer cette guérison divine des sphères célestes jusqu’à notre réalité physique.

La symphonie sensorielle du quartier

La dimension sacrée de cette préparation se révèle dans l’atmosphère unique du quartier. Elle se manifeste dans l’arôme doré du bouillon de poulet qui embaume les ruelles pavées de la Rova, dans l’attente partagée du cholent qui mijote le lendemain, et dans la douce et joyeuse musique des enfants qui jouent dans les rues.

Il règne un rythme communautaire magnifique et constant, un murmure incessant de voisins et d’invités demandant : « Que puis-je apporter ? » – chacun cherchant à contribuer à la flamme collective. Cette atmosphère de générosité et de bienveillance inconditionnelles crée une intimité spirituelle presque palpable. Que j’accueille la nuit avec Kalman Gavriel dans la Vieille Ville ou que je préside à la journée avec Louie dans la Cité de David, le trajet entre ces deux hauts lieux d’hospitalité devient une procession de sainteté, un mouvement qui répand la Présence Divine sur la carte de notre terre ancestrale.

La sainteté de la préparation : une perspective kabbalistique

Le Zohar et les enseignements de l’Ari’zal (Isaac Louria) suggèrent que la lumière du Shabbat n’apparaît pas simplement au coucher du soleil ; elle est attirée par le travail physique de la semaine, et plus particulièrement par celui du vendredi.

En épluchant, coupant et nettoyant pour une si vaste assemblée, nous extrayons les Nitzotzot (étincelles sacrées) emprisonnées dans le profane. Le Zohar souligne que le « parfum du Shabbat » commence à se répandre dans le monde dès le vendredi midi, récompensant ceux qui ont œuvré par un avant-goût du Monde à venir.

L’Ari’zal (Isaac Louria) enseigne qu’à partir de la neuvième heure du vendredi (milieu d’après-midi), une « Grande Lumière » commence à descendre. Nos préparatifs matériels ne sont pas de simples corvées ; ils constituent la construction d’un réceptacle (Keli). Sans ce réceptacle que représentent nos efforts, la Lumière infinie de l’Âme Extraordinaire n’aurait nulle part où se reposer.

De la tempête au calme

Nous repensons aux mois de tempête, à cette époque où les missiles balistiques s’abattaient sans cesse, et nous nous émerveillons de la résilience que Tu as semée en nous. Tandis que nos corps étaient privés de sommeil et que nos nerfs étaient mis à rude épreuve par les sirènes de guerre, nos esprits demeuraient en paix. La Torah était notre refuge intérieur, un ancrage qu’aucun missile ne pouvait déloger.

Aujourd’hui, la situation a changé. Grâce aux accords de paix signés avec le Liban et l’Iran, Tu nous as accordé un Shabbat de sérénité matérielle à la mesure de notre paix intérieure. Nous ne nous reposons plus malgré le monde, mais avec le monde. Ce « Shabbat de Paix » est un aperçu de la rédemption ultime, où la réalité extérieure s’harmonise enfin avec la vérité intérieure de l’âme.

L’héritage de l’Etz ‘Haim (Arbre de Vie)

En ce jour, nous commémorons également la Hilloula (anniversaire du décès) du rabbin Haïm Vital, principal disciple de l’Arizal. C’est lui qui a consigné les secrets de l’Etz Haïm (Arbre de Vie), nous enseignant que chaque action dans ce monde physique a des répercussions dans les sphères supérieures.

L’œuvre de sa vie fut de nous montrer qu’à travers la Torah, nous pouvons traverser même les épreuves les plus sombres, les moments de « bris des vases ». En honorant sa mémoire aujourd’hui, nous puisons dans sa capacité à révéler la lumière cachée. De même qu’il a partagé la sagesse de l’Ari’zal avec le monde, nous nous efforçons d’insuffler la sainteté du Shabbat dans les deux lieux que nous accueillons, du Rova à la Cité de David. Ces rassemblements seront empreints de conversations profondes et de paroles de Torah, transformant chaque recoin de cette Terre et les chemins qui la relient en un lieu de présence divine.

Une prière de gratitude

Maître de l’Univers, je Te remercie pour la force de préparer l’accueil de ces 80 âmes et pour la générosité de subvenir à leurs besoins. Je Te remercie pour la terre d’Israël sur mes chaussures et pour la sainteté du Shabbat dans ma maison, ici, dans la Vieille Ville. Recevoir à deux tables différentes, pour la nuit et pour le jour, c’est refléter Ton infinie hospitalité ; être juif, c’est témoigner de Ta Présence éternelle.

Je Te remercie pour le miracle de ce silence, pour la paix qui a enfin fait taire les machines de guerre. Tandis que le soleil se couche derrière les collines de Judée et que la nouvelle lune se lève sur le mont des Oliviers, puisse l’œuvre de mes mains être agréable. Par le mérite de Rabbi Haïm Vital et la sainteté d’Eretz Israël, que la paix de ce Shabbat rayonne de ces tables jusqu’aux extrémités de la terre.

Shabbat Shalom et ‘Hodesh Tov.

Rabbi Mordechai Yosef Ben Avraham

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