Tradition primordiale

Panser les plaies ancestrales

Frères d'armes, comment MBS et Netanyahu pansent les plaies ancestrales - Par Rabbi Mordechai ben Avraham

Aujourd’hui, le monde observe le golfe Persique et y voit le « goulot d’étranglement d’Ormuz », une artère sinueuse de 34 kilomètres de large où le commerce mondial est actuellement entravé.

Les analystes militaires parlent d’« interdiction », d’« escalade cinétique » et de défense des marchés de l’énergie. Mais pour ceux qui perçoivent l’histoire à travers le prisme de l’âme, ce qui se passe entre Jérusalem et Riyad n’est pas une simple manœuvre tactique. C’est la boucle bouclée après quatre mille ans.

Nous assistons à la Teshuvah (rédemption, restitution) physique et spirituelle des deux fils d’Abraham : Isaac et Ismaël.

La tentative du régime iranien d’instrumentaliser l’approvisionnement énergétique mondial a paradoxalement catalysé une réconciliation nationale majeure. Pour saisir toute la gravité de ce moment, il nous faut nous référer à la grotte de Machpelah à Hébron, où la Torah et le Midrash relatent un épisode de paix saisissant qui préfigure notre réalité géopolitique actuelle.

Le Midrash de l’Étreinte Finale

Lorsque la Torah décrit l’enterrement d’Abraham, elle déclare :

« Ses fils Isaac et Ismaël l’enterrèrent » (Genèse 25,9).

À première vue, il s’agit d’un simple récit de funérailles. Mais les Sages du Midrash y voient plus clair. Ils relèvent l’ordre des noms : Isaac est mentionné avant Ismaël, bien qu’Ismaël fût l’aîné.

Le Midrash (Genèse Rabba 62:3) explique que ce n’était pas un affront envers Ismaël, mais son plus grand triomphe spirituel. Après des années d’errance et d’éloignement, Ismaël se tint à l’entrée de la grotte et fit signe à Isaac d’entrer le premier. Par ce simple geste de déférence, l’« Homme sauvage » devint le « Frère vertueux ».

Il reconnut le rôle d’Isaac dans l’alliance, et en retour, Isaac embrassa le frère qui avait été son rival. Ils n’enterrèrent pas seulement un père ; ils enterrèrent l’animosité de leur jeunesse. Ils portèrent ensemble le poids de l’héritage d’Abraham.

Aujourd’hui, la « grotte de Machpelah » est le Moyen-Orient lui-même, et le « poids » qu’elle porte est la stabilité de la civilisation mondiale.

Le raffinement d’Ismaël : la vision de MBS

Dans le récit biblique, l’énergie d’Ismaël est celle de la ‘Hesed (expansion), une force infatigable et sans limites. Cependant, l’Arabie saoudite d’aujourd’hui, sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), a connu une évolution spirituelle qui fait écho au repentir d’Ismaël.

MBS a endossé le rôle d’« Ismaël raffiné ».

À travers Vision 2030, il a entrepris de dompter le désert de l’extrémisme, le remplaçant par un jardin d’innovation et une foi modérée et rationnelle. Dans la crise actuelle, son leadership a été héroïque. En refusant de laisser le régime iranien, ces « Héritiers d’Agar » des temps modernes qui cherchent à brûler la tente familiale pour dicter le sort du Golfe, protéger les valeurs abrahamiques.

Lorsque le prince héritier coordonne ses actions avec les systèmes de défense israéliens, il se fait à nouveau l’aîné, appelant la famille à l’unité. Il faut le saluer pour son courage d’affirmer que l’avenir ne passe pas par le conflit avec Isaac, mais par la défense commune de la maison paternelle.

Le sacrifice d’Isaac : la détermination de Netanyahou

Isaac incarne la force, la retenue et le « jugement » de l’Autel, attributs de la Gevourah. Historiquement, cela s’est manifesté par un repli sur soi et un isolement, plaçant Israël seul face à un monde qui exigeait souvent son silence.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a bâti sa carrière sur la survie juive et la continuité historique, est l’expression moderne de cette Gevurah.

Pendant des années, Netanyahu a incarné le « fils prodigue », lançant des avertissements à un monde souvent sourd à ses appels. Mais face à cette crise, nous assistons à sa libération.

En s’alliant au prince héritier, la force de Netanyahu n’est plus seulement défensive et isolée ; elle devient un pilier pour toute la région. Sa volonté de voir en MBS un partenaire pour la paix, de dépasser des décennies de rivalité fraternelle pour nouer une véritable connexion, accomplit la mission d’Isaac. Il ne se contente plus de défendre une frontière ; il participe à l’élaboration d’un destin.

Le point de blocage spirituel

Pourquoi cette réconciliation a-t-elle lieu dans un « détroit » ?

Spirituellement, le « lieu étroit » (Mitzrayim) est le berceau de la transformation. Le détroit d’Ormuz est la « gorge » du monde. Lorsque la gorge est comprimée, le corps ne peut plus respirer.

Le régime iranien cherche à exploiter cette situation de blocage pour asphyxier le monde et le soumettre. Ce faisant, il contraint ces deux figures emblématiques d’Isaac et d’Ismaël à partager ce fardeau. On ne peut mettre en œuvre un système de défense antimissile conjoint ni coordonner l’escorte navale des approvisionnements énergétiques mondiaux sans une confiance fondamentale.

Cette confiance, c’est la connexion « d’âme à âme ».

C’est la prise de conscience que le pétrole saoudien et la technologie israélienne sont les deux faces d’une même pièce, d’une même impulsion divine.

Conclusion : Porter ensemble l’héritage

La rhétorique de dissuasion du président Trump offre le rempart physique nécessaire pour repousser les ténèbres. Mais la réalité plus profonde est que cette dissuasion n’est qu’une façade ; le cœur du problème réside dans la réconciliation fraternelle.

Le Midrash nous enseigne que lorsqu’Isaac et Ismaël s’éloignèrent de la tombe de leur père, la paix régna enfin sur le pays. Aujourd’hui, alors que MBS et Netanyahu s’unissent contre le blocus du détroit, ils s’éloignent du « tombeau » d’un siècle de conflit. Ils perpétuent l’héritage d’Abraham, non pas en rivaux pour une bénédiction éphémère, mais en partenaires d’une bénédiction infinie.

Le détroit s’ouvrira. Les navires passeront. Mais le monde dans lequel ils entreront au terme de cette crise sera un monde où Isaac et Ismaël ne seront plus définis par ce qui les sépare, mais par le fardeau qu’ils portent ensemble. L’esprit du Juif, le cœur du prince arabe et l’âme de la terre ancestrale parleront enfin le même langage : le langage du Père et le langage de la Paix.

À propos de l’auteur

Le rabbin Mordechai Yosef Ben Avraham est un rabbin ordonné, ancien cadre du secteur du divertissement chez Warner Bros. Records et ancien candidat républicain au Congrès américain. Il vit actuellement à Jérusalem, où il écrit sur les liens entre la Kabbale, la technologie et la diplomatie spirituelle.

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