Tradition primordiale

Le pacte industriel, un plan pour la survie de la civilisation

Au-delà des mollahs : un programme de développement pour l'Iran souverain... - Rabbi Mordechai Yosef Ben Avraham

Le monde moderne est actuellement témoin d’un violent affrontement entre deux modes d’existence incompatibles. D’un côté, la société procédurale, définie par les contrats, les marchés et le statut juridique individuel. De l’autre, le collectif identitaire, souvent observé dans les théocraties radicalisées et les États tribaux.

Les tensions actuelles entre l’Iran et divers blocs de puissance non occidentaux constituent l’exemple type de cette lutte. Ces groupes résistent souvent à l’intégration car ils la perçoivent comme une mort culturelle ; or, leur résistance ne repose pas sur la préservation de leur identité, mais sur un refus d’adhérer aux principes fondamentaux du développement humain.

Pour comprendre la voie à suivre, il nous faut examiner un enseignement primordial inscrit dans les Cinq Livres de Moïse et son application moderne la plus aboutie : la synthèse intellectuelle afro-américaine.

Contraints à une transformation involontaire par le joug de l’oppression, les Afro-Américains, du XIXe siècle à nos jours, offrent un modèle à suivre pour toute nation souhaitant passer d’une structure tribale ou théocratique à une puissance souveraine et novatrice.

La première étape de ce développement est le principe adamique, ou la souveraineté de l’individu.

Dans les structures théocentriques ou tribales, l’identité est héritée et collective ; le moi n’est qu’une composante de la communauté. Or, le récit biblique d’Adam établit l’individu comme une unité de valeur singulière et autonome. Ce postulat théologique trouve son champion politique moderne en la personne de Frederick Douglass.

Douglass soutenait que la liberté naît du rejet, par l’individu lui-même, du droit d’un système de s’approprier son travail ou son esprit. Dans ses réflexions marquantes de 1886, il affirmait le caractère absolu de l’individualité.

Pour qu’une théocratie comme l’Iran se modernise, elle doit d’abord connaître ce réveil adamique. Sans curiosité individuelle et sans rupture psychologique avec l’obéissance collective, aucun moteur interne d’innovation ne peut se développer.

L’échec radical du mollah moderne ou du chef tribal réside dans la suppression de l’individu, qui étouffe la créativité même indispensable à la survie nationale.

Une fois éveillé, l’individu doit manifester sa souveraineté par le biais du Principe Noachien, c’est-à-dire la maîtrise de la matière.

Dans le récit de la Genèse, Noé représente le premier technologue. Il consacra plus d’un siècle à perfectionner la construction de l’Arche, transformant une vision en une manifestation concrète de l’industrie. Ceci fait écho à la philosophie de Booker T. Washington, qui comprenait que, dans un environnement hostile, l’accession à un statut économique indispensable est la seule voie vers le véritable pouvoir.

Dans son discours d’Atlanta de 1895, Washington préconisait de privilégier l’agriculture, la mécanique et le commerce pour bâtir une base industrielle. L’histoire confirme la pertinence de cette approche : malgré les difficultés juridiques de l’après-Reconstruction, le nombre d’entreprises et de terres appartenant à des Noirs a presque triplé entre 1890 et 1910. Il ne s’agissait pas d’une soumission à un système dominant, mais d’une véritable maîtrise du marché.

Dans le cas de l’Iran, nous observons un peuple d’une ingéniosité immense, longtemps étouffée. Si l’Iran a développé des capacités de pointe en matière de technologies de défense, cette innovation demeure prisonnière du système belliqueux. Un véritable tournant, à l’image de Noé, permettrait d’appliquer cette même ingéniosité au marché mondial, en passant d’un isolationnisme défensif à une expansionnisme économique.

Lorsqu’un peuple devient indispensable à l’économie mondiale grâce à ses compétences pointues, il impose au reste du monde des relations fondées sur le respect mutuel plutôt que sur la charité ou le conflit.

La dernière étape de ce programme est le Principe abrahamique, qui implique la création d’un cadre juridique et spirituel protecteur.

Abraham ne se contentait pas de construire ; il concluait des accords. Qu’il s’agisse d’acquérir des terres à Hébron ou de négocier des traités avec les rois voisins, il agissait toujours dans un cadre juridique reconnu. Il a établi le premier cadre légal permettant à ses descendants d’interagir avec les soixante-dix nations sans être assimilés par elles.

Cela correspond à la stratégie de W.E.B. Du Bois et au protectionnisme juridique du début du XXe siècle. Du Bois avait compris que l’excellence individuelle et la maîtrise du marché ne suffisaient pas si le système juridique pouvait arbitrairement s’approprier ces acquis. En s’appropriant les rouages ​​juridiques de l’Occident, la Constitution et les tribunaux, la classe intellectuelle afro-américaine a créé un espace de souveraineté permettant à son peuple d’exister au sein d’un système plus vaste.

Des nations comme l’Iran échouent souvent à cette étape finale car elles s’appuient sur une souveraineté ostentatoire, des menaces, des démonstrations émotionnelles et le blocage des voies maritimes internationales. Ces actions, à caractère tribal, provoquent des réactions juridiques et militaires internationales. Une approche Boisienne ou abrahamique consisterait au contraire à instrumentaliser l’ordre international fondé sur des règles, en utilisant le droit maritime et commercial international comme un bouclier pour protéger les intérêts nationaux. Maîtriser le système juridique, c’est le comprendre mieux que ceux qui l’ont créé, et utiliser sa propre logique pour garantir sa liberté.

L’asservissement qui a imposé ces compétences à la communauté afro-américaine fut brutal et involontaire, mais il constitue une preuve historique d’une loi mécanique : une pression sociale et économique implacable peut catalyser une créativité accrue.

Le monde est actuellement soumis à cette même pression. Les bouleversements monétaires et intellectuels de l’ère technologique sont une traversée du milieu moderne, contraignant les civilisations à abandonner les anciens systèmes claniques et monarchiques.

L’intégration du monde n’est pas une conquête américaine, mais une nécessité spirituelle pour le progrès humain.

En s’inspirant du rapport des Afro-Américains à la société occidentale, en maîtrisant l’individu, le marché et le système juridique, le vieux monde ne perd pas son identité. Au contraire, il affine son expression spirituelle. C’est le chemin qui mène du désert de la stagnation théocratique à la terre promise d’une influence mondiale.

C’est la restauration du dessein humain, depuis l’éveil individuel d’Adam jusqu’à la maîtrise industrielle de Noé, et enfin à l’alliance juridique d’Abraham.

Rabbi Mordechai Yosef Ben Avraham

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